COVID-19 #4

Une crise économique et financière ?

Selon certains économistes, le choc économique provoqué par l’épidémie du coronavirus est sous-estimé du fait d’un manque d’expérience et de savoir-faire pour sortir de la crise.

A. Une crise sans précédent

Les crises systémiques du XXe siècle (jeudi noir de 1929, faillite de Lehman Brothers en 2008) sont nées d’excès spéculatifs au sein de la sphère financière. Dans les deux cas, un maillon essentiel de la chaîne des engagements réciproques s’effondre brutalement, et sa faillite entraîne par contagion rapide celles des créanciers successifs.
Pour limiter les effets néfastes de cette crise, il faut empêcher le plus vite possible l’extension des faillites. Les autorités monétaires sont à la manœuvre, pour sauver les banques, alimenter l’économie en liquidités, et donc restaurer un niveau de confiance raisonnable (crise de 2008).
Les méfaits du coronavirus sont d’une autre nature. Ils touchent directement l’économie réelle, dans ses flux d’exploitation avant d’affecter les actifs inscrits aux bilans : c’est donc l’activité elle-même qui souffre au premier rang.
Nous pouvons la matérialiser en 4 étapes :

1. La Chine à l’arrêt

Elle représente, juste après les États-Unis, plus de 15 % du PIB mondial. Lorsque la Chine perd 3 points de taux de croissance, celui du monde sera diminué de 0,45 % point.

2. Impact sur les autres pays

Importation : La Chine représente plus de 10 % des importations mondiales, lesquelles se montent au total à plus de 20 % du PIB de la planète
Exportation : La Chine est la première nation exportatrice du monde (13 % du total). L’arrêt partiel de ses usines entraîne des ruptures de livraison, beaucoup de filières économiques (filières électroniques, mécaniques, automobiles, pharmaceutiques).

3. Les conséquences du confinement

Les transports aériens (1 % du PIB mondial), les transports maritimes (2 % du même PIB), le tourisme (7 %), c’est au bas mot 10 % du PIB mondial qui sont menacés.

4. Faillites des entreprises

Nous n’en voyons pas encore les effets, mais si cette situation dure, nous pourrons voir apparaitre peu à peu, partout dans le monde, dans tous les secteurs, des faillites multiples.

 

B. Une explosion du chômage dans le monde

Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), la crise économique provoquée par l’épidémie de coronavirus pourrait détruire jusqu’à 24,7 millions d’emplois dans le monde. Des réponses coordonnées réduiraient en revanche l’impact.
En Norvège, le taux de chômage est passé de 2,3 % de la population active à 10,4 % en un mois, un record depuis la seconde guerre mondiale. En Autriche, 163 000 nouveaux inscrits sont venus pointer aux services de l’emploi en dix jours, soit un bond de 40 %. En Suède, sur la seule semaine du 16 au 22 mars, 14 000 salariés ont reçu un préavis de licenciement, contre une moyenne habituelle de 3 000… par mois.
Ailleurs, en Europe, les statistiques ne sont généralement pas encore disponibles, mais la même histoire se répète à grande échelle.
Les hôtels suédois Scandic ont licencié 2 000 personnes, près de la moitié de leur personnel. En Hongrie, l’aéroport de Budapest a supprimé 15 % de ses effectifs.

 

C. Un premier bilan des secteurs économiques les plus touchés

Dans l’industrie automobile, des fermetures d’usines massives ont été annoncées lundi : PSA, Fiat Chrysler, Michelin, Renault annoncent des mises à l’arrêt de leurs sites industriels en France et dans le reste de l’Europe.
Dans l’industrie aéronautique, c’est les réductions d’activité en raison des restrictions de déplacement et de la demande en baisse qui commencent à prendre effet : le groupe Air France-KLM va réduire son activité « de manière très significative » entre 70 % et 90 % lors des deux prochains mois au moins, IAG, maison mère de British Airways, a annoncé prévoir une réduction de sa capacité de vols d’« au moins 75 % » en avril et mai, sa rivale EasyJet prévenant que la crise due au coronavirus pourrait entraîner « le maintien au sol de la majorité de ses avions ». La compagnie allemande Lufthansa va réduire jusqu’à 90 % ses vols long-courriers.
D’autres secteurs sont fortement touchés : Tourisme, Hôtellerie, restauration, événementiel, bâtiment …

 

D. Une crise sanitaire, économique puis financière?

Après la crise sanitaire et la crise économique, toutes deux en cours, il y a en effet des signes d’une propagation à la sphère financière.
Dans la plupart des récessions classiques, les entreprises voient venir le ralentissement et peuvent, dans une certaine mesure, s’adapter et en amortir les effets. Mais dans ce cas précis, en raison du confinement, l’arrêt de la machine économique est soudain et brutal.
Goldman Sachs prévoit en effet un déclin du PIB américain de 24 % en rythme annuel au deuxième trimestre. La banque Morgan Stanley parle, elle, de 30% de chute de l’activité. Il faut s’attendre à des chiffres similaires en Europe.
Les mesures de relance et de soutien annoncées par les banques centrales et les Etats sont d’une ampleur sans précédent depuis 2008. Mais le Secrétaire général de l’ONU António Guterres a bien résumé la situation dans un communiqué récent : « Contrairement à la crise financière de 2008, l’injection de capitaux dans le seul secteur financier n’est pas la réponse. Ce n’est pas une crise bancaire ».

Les signes de la crise financière

Il y a d’abord l’assèchement préoccupant de la liquidité : les acteurs de marché, les entreprises et les banques ont du mal à se refinancer, ne se prêtent plus entre elles, et peinent à trouver des acheteurs pour leurs titres.
Les taux d’intérêt demandés grimpent rapidement. L’indicateur le plus suivi pour mesurer la tension sur le marché du crédit est l’écart de taux pour les entreprises les plus risqués (appelés les « spread de crédit »). En Europe comme aux Etats-Unis, cet écart a presque triplé en un mois et il est maintenant au même niveau qu’en… aout 2008.

Inquiétudes sur les dettes souveraines

Les mesures de soutien annoncées par les Etats, y compris les probables nationalisations, garanties de prêts, et paiements directs à leurs ressortissants, vont coûter des milliers de milliards à l’échelle mondiale. Pas sûr qu’un tel volume de dette trouve preneur sur des marchés financiers tétanisés, surtout si on s’interroge quant à la future santé financière d’Etats déjà lourdement endettés.
Les taux d’intérêts sur la dette souveraine ont donc fortement grimpé autour de la mi-mars. En Italie, le taux à 10 ans est ainsi passé d’environ 1% à près de 2.4% en l’espace d’une dizaine de séances. Ne pouvant se permettre une résurgence des inquiétudes sur la dette des pays de la zone euro, qui menacerait la monnaie unique, la BCE a dû intervenir et lancer un programme de rachat d’actif de 750 milliards d’euros.

A quelle échéance ?

La crise peut toucher le secteur bancaire à moyen et long terme. Pour l’instant il est difficile de juger, les banques seront soutenues par la Banque centrale européenne. Mais il faut bien avoir à l’esprit que dans ce genre de situation, les pertes se révèlent a posteriori. Il a fallu presque un an et demi entre la crise des subprimes et le moment où Lehmann Brothers a fait faillite en septembre 2008. Le risque de pertes bancaires n’apparaîtra sans doute pas dans l’immédiat et il faudra surveiller la santé des établissements, comme le fait la BCE qui supervise directement les grandes banques européennes.

 

À suivre

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